Le désarmement. Quantité et qualité

Par Jacques Bainville.
Publié en 1925.
Catégorie principale : L'entre-deux-guerres.

 

Le Conseil de la Société des Nations est saisi à partir d’aujourd’hui de la « limitation des armements ». C’est une des conséquences de Locarno. Et, bien entendu, il s’agit du désarmement terrestre. Le désarmement naval est réglé pour nous par le fait que notre marine n’existe plus. Quant à l’Angleterre, elle s’en tient à l’accord de Washington et ne pense plus qu’aux sous‑marins. D’ailleurs, il n’est nullement désirable que la puissance de la flotte britannique décroisse. C’est une des dernières forces d’ordre qui subsistent dans le monde. Nous l’avons déjà dit et nous le redisons ; sans Royal Navy, les pirates écumeraient les mers, les colonies périraient et le « crépuscule des nations blanches » ne tarderait pas à devenir une sombre nuit.

Le désarmement terrestre est une autre affaire. Tout le monde sait qu’il s’appliquera à la France, et ce qu’on a le plus de mal à comprendre, c’est que les Anglais regardent comme un bien de nous voir désarmés. Pourtant, de 1914 à 1918, ils n’ont pas regretté d’avoir un soldat sur le continent. Ils se sont largement servis de ce soldat. Lorsqu’il donnait des signes de défaillance, comme en 1917, l’Angleterre s’en alarmait. Ce qu’elle doit craindre pour l’avenir, ‑ et cela aussi nous tenons à le répéter, ‑ c’est notre pacifisme beaucoup plus que notre militarisme. Le jour où la démocratie française dirait : « Peu nous importe que les Allemands soient à Anvers », qui serait le plus puni ?

Mais, si l’on croit à l’esprit de Locarno, si l’on estime que le pacte apporte avec lui la sécurité, il n’y a plus de raison pour que la France garde le harnois. On incite la démocratie française à s’affranchir d’une servitude personnelle et d’une charge financière. Le désir de cette délivrance deviendra vite irrésistible. Il y aura des partis pour l’exploiter. Peut-être un jour, au lieu de pousser la France au désarmement, faudra-t-il la retenir pour qu’elle n’aille pas jusqu’aux solutions extrêmes du Danemark.

En attendant, Locarno est le mot magique qui emporte tout. On se comporte comme si le pacte avait supprimé les risques de conflit. À quoi il sera répondu sans doute que l’imagination créatrice engendre les faits.

Seulement, il y a un fait contre lequel l’imagination ne peut aller. L’Allemagne, grâce au traité de Versailles, possède une armée de métier qui est une armée excellente. De par la volonté des Alliés, elle dispose d’un instrument militaire de premier ordre auquel la France n’aurait un jour, à opposer qu’une cohue de soldats à peine instruits. On parle toujours, quand il s’agit de limiter les armements, de la quantité. Mais l’Allemagne a la qualité. On n’a pas l’air d’y penser ni d’en tenir compte, bien que ce soit l’essentiel.

 

L’Action française, 7 décembre 1925




Source
L’Action française (journal)
Collection bainvillienne (livre)

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