Le Royaume qui n’est plus « uni »

Par Jacques Bainville.
Publié en 1926.
Catégorie principale : Politique.

Après de longues séances secrètes, la Conférence des Dominions a publié une communication solennelle, qui n’est, d’ailleurs, pas une surprise. Le roi d’Angleterre avait déjà changé de nom pendant la guerre, puisqu’il avait renoncé à celui de Saxe-Cobourg et Gotha pour appeler sa maison Windsor. Maintenant, il change de titre. Il ne sera plus « roi du Royaume-Uni d’Angleterre et d’Irlande et des territoires britanniques au-delà des mers, défenseur de la foi, empereur des Indes », mais « roi d’Angleterre, d’Irlande et des Dominions britanniques, etc. »

C’est la consécration d’un fait accompli. Le royaume de George V n’est plus uni puisque l’Irlande est autonome. Un conflit séculaire a pris fin par la défaite des « unionistes ». Le Royaume‑Uni est du passé.

Nul ne peut prévoir, d’ailleurs, ce que seront dans l’avenir les relations de l’Angleterre et de l’Irlande. Pour le moment, il y a trêve. À la conférence, M. Kevin O'Higgins, qui représentait l’État libre, a produit une excellente impression. On se dit que l’Irlande agricole prospère par ses ventes fructueuses de produits alimentaires à la vaste population industrielle de Grande-Bretagne. Il ne se pose plus, pour le moment, de questions de sentiment bien qu’il subsiste un parti irlandais intransigeant.

Il n’en est pas moins vrai que l’Irlande, de même que les Dominions, a désormais la faculté de rester neutre dans une guerre où serait engagée la Grande‑Bretagne. La nouvelle « Communauté (Commonwealth) britannique de Nations » dont la conférence a fixé le statut n’offrirait plus, en cas de guerre, la belle unité que l’Empire britannique avait montrée en 1914, lorsque d’Australie, de Nouvelle-Zélande, de l’Afrique du Sud, arrivaient des régiments pour soutenir la cause de la métropole. Les Dominions n’interviendraient que s’ils le voulaient. Et l’on peut espérer qu’ils le voudraient, mais on peut l’espérer seulement.

Quant à l’Irlande, pendant la guerre, une partie a été fidèle, une autre ennemie. Roger Casement avait conspiré avec l’Allemagne contre l’Angleterre. Qu’arriverait-il une autre fois ? Nul n’est en mesure de le prévoir, pas même les Irlandais. L’évolution qui transforme l’Empire britannique en communauté de nations libres était attendue, tant les signes depuis huit ans en ont été manifestes. Il serait téméraire de dire que cette évolution est arrêtée, quelle que soit la largeur d’esprit avec laquelle la politique anglaise relâche les liens dont les Dominions ont voulu s’affranchir.

 

L’Action française, 23 novembre 1926.




Source
L’Action française (journal)
Collection bainvillienne (livre)

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